Qu’est-ce que le découplage aérobie ? Définition et formule
Définition
Le découplage aérobie est le pourcentage de baisse de votre rendement par battement (allure ou puissance divisée par la fréquence cardiaque) entre la première et la seconde moitié d’un effort régulier, utilisé comme indicateur d’endurance aérobie.
Courez 1 h 30 à allure facile et régulière, et votre fréquence cardiaque restera rarement plate. Elle grimpe doucement : quelques battements dans la deuxième heure, davantage s’il fait chaud, plus encore si les sorties longues sont nouvelles pour vous. Le découplage aérobie chiffre cette dérive. Il compare l’allure (ou la puissance) obtenue par battement dans la première moitié d’un effort régulier à celle de la seconde moitié. Joe Friel l’a popularisé auprès des sportifs d’endurance, et TrainingPeaks l’appelle Pa:HR pour l’allure, Pw:HR pour la puissance.
Comment se calcule le découplage
On coupe la partie régulière de l’effort en deux moitiés de même durée. Pour chacune, on calcule le facteur d’efficacité (EF) : production moyenne divisée par la fréquence cardiaque moyenne. On exprime ensuite la perte d’une moitié à l’autre en pourcentage :
Découplage (%) = (EF1 − EF2) / EF1 × 100
- EF = production moyenne / fréquence cardiaque moyenne, pour chaque moitié
- Production = vitesse ajustée à la pente en course, puissance à vélo
Une valeur positive signifie que vous avez produit moins par battement en seconde moitié : le cardio a monté à allure égale, ou l’allure a baissé à cardio égal. Sur un parcours vallonné, la vitesse doit être ajustée à la pente, sinon une montée en fin de sortie passe pour de la fatigue. La lecture habituelle, reprise de Friel : sous 5 %, l’effort est stable ; entre 5 et 10 %, il y a une dérive ; au-delà de 10 %, l’effort a dépassé votre endurance aérobie.
Un exemple chiffré
Un coureur fait 90 minutes sur une boucle plate à 5:20 au kilomètre, soit 187,5 mètres par minute.
- 45 premières minutes : 142 bpm de moyenne, donc EF1 = 187,5 / 142 = 1,320
- 45 dernières minutes : même allure, 150 bpm de moyenne, donc EF2 = 187,5 / 150 = 1,250
- Découplage = (1,320 − 1,250) / 1,320 × 100 = 5,3 %
Un peu plus de 5 % : une légère dérive. Avec 146 bpm de moyenne en seconde moitié, on serait à 2,7 %, nettement stable. À vélo, le calcul est le même avec les watts : 200 W à 135 bpm, puis 195 W à 140 bpm, donnent des EF de 1,48 et 1,39, soit 6,0 % de découplage. La puissance a baissé et le cardio a monté, et les deux jouent contre vous.
Comment s’en servir à l’entraînement
Le découplage sert surtout de test d’endurance aérobie reproductible pendant une période foncière. Choisissez une séance régulière que vous referez : une sortie facile de 1 h 15 à 2 h sur la même boucle plate, ou une sortie vélo en bas de votre zone d’endurance. Restez à chaque fois dans la même zone de fréquence cardiaque ou de puissance et suivez le chiffre sur plusieurs semaines.
- Si une sortie de 90 minutes dépasse 5 %, la durée ou l’allure dépasse votre endurance actuelle. Gardez l’allure, ou ralentissez un peu, et allongez progressivement.
- Quand vous restez sous 5 %, allongez la sortie, ou terminez par un bloc à allure marathon pour voir s’il tient.
- Avant un marathon ou un trail long, une sortie longue avec des portions à allure marathon qui reste sous 5 % est un bon signe. Une forte dérive invite à revoir l’allure visée, ou le ravitaillement.
OpenAthlete calcule le découplage et le facteur d’efficacité sur chaque sortie de course à pied, avec la vitesse ajustée à la pente et la fréquence cardiaque, et sur les sorties vélo avec capteur de puissance. Sur la page de l’activité, un curseur permet d’exclure l’échauffement, ou de sélectionner une portion de l’effort, et la carte affiche les deux moitiés et un statut : stable, légère dérive ou dérive marquée. Sous 20 minutes, elle signale que l’effort est trop court pour juger l’endurance.
Limites
Le découplage n’a de sens que sur un effort régulier. Le fractionné, les arrêts aux feux ou une fin de sortie accélérée faussent la comparaison. La chaleur est le principal facteur de confusion : Coyle et González-Alonso (2001) décrivent comment la hausse de la température corporelle fait monter la fréquence cardiaque pendant que le volume éjecté à chaque battement diminue, et la déshydratation s’ajoute. Un découplage de 7 % un après-midi à 30 °C et de 3 % par un matin frais peuvent décrire le même niveau. Un capteur optique au poignet qui s’accroche à la cadence, une ceinture aux électrodes sèches ou un GPS qui dérive sous les arbres faussent une moitié. Enfin, le découplage ne dit rien de la vitesse : on peut être parfaitement couplé à une allure trop lente pour son objectif. Lisez-le avec votre allure, votre charge d’entraînement et les conditions du jour.
Sources
- Coyle EF, González-Alonso J (2001). Cardiovascular drift during prolonged exercise: new perspectives. Exercise and Sport Sciences Reviews 29(2): 88–92. doi.org/10.1097/00003677-200104000-00009
- Friel J (2016). The Triathlete’s Training Bible, 4th edition. VeloPress.
- Allen H, Coggan A (2010). Training and Racing with a Power Meter, 2nd edition. VeloPress.